Les années passent et certaines choses ne changent clairement pas : si la République tchèque n'est pas épargnée par le désintérêt croissant pour la bière (et les boissons alcoolisées de manière générale), elle compte toujours les plus gros consommateurs de bière au monde, pour la trente-deuxième année consécutive. Certes, la petite Tchéquie est bien loin derrière les 40 milliards et demi de litres consommés en 2024 par les Chinois, et les 22 milliards de litres bu par les Américains la même année. Mais si l'on se penche sur la consommation par habitant, ce sont bien les Tchèques les plus amoureux de la pinte : 152 litres de bières en moyenne par habitant et par an. Si le top 10 est monopolisé par l'Europe, notre Belgique nationale est bien loin du podium... Elle n'est que trente-troisième, avec quelque 57,7 litres par belge et par an. L'autre pays de la bière par excellence, à savoir notre voisin allemand, se glisse en huitième position avec 88,8 litres de bière en moyenne.
Mais pourquoi les Tchèques sont-ils autant portés sur la boisson, et plus particulièrement la bière? L'Autriche, qui maintient également sa place de bonne deuxième depuis plusieurs années maintenant, reste loin derrière avec "seulement" 106,5 litres de bière chaque année et par habitant. Le magazine d'actualité français L'Express a voulu répondre à cette question : d'une part, comme dans beaucoup de pays d'Europe, la bière sert de ciment social puisqu'elle est pratiquement toujours présente à la carte des pubs, véritables lieux de vie et d'échanges, y compris au sein des plus petits villages. Tomas Slunecko, secrétaire général de l'association des brasseries et des malteries tchèques, affirme ainsi que les pubs tchèques : "[...] sont des lieux de rencontres informelles importants où la bière est peu chère, facilement accessible et socialement acceptée peu importe votre profession, votre âge ou votre statut social."
D'autre part, la République tchèque compte quelque 500 microbrasseries... Un peu plus qu'en Belgique, pour un nombre d'habitants similaire. En revanche, la Tchèquie peut s'enorgueillir de posséder la moitié des bières disposant du label IGP (indication géographique protégée) en Europe. C'est le cas par exemple de la bière tchèque de Budweis (la VRAIE Budweiser donc!), la bière "chod" à la mousse persistante et au goût prononcé de malt, mais surtout connue pour être originaire de la région de Pilsen... l'authentique pils donc ! La bière tchèque dans son ensemble bénéficie d'un label IGP reconnaissant le savoir-faire brassicole ancestral du pays. De son côté, la Belgique ne compte encore aucune IGP, même si la Flanders Red (Rouge des Flandres, pensez Rodenbach) le sera normalement bientôt. Si l'HORAL veille au grain et si l'appellation "Oude Geuze/Gueuze à l'ancienne" est une appellation protégée par l’UE, nos lambics ne bénéficient pas d'une IGP. De plus, nos bières ne seront peut-être bientôt plus les seules inscrites au patrimoine immatériel de l'Unesco : l'année dernière, la culture brassicole tchèque a été ajoutée à la liste du patrimoine national immatériel. Reste encore à la faire reconnaître auprès de l'institution internationale... ce que nos voisins allemands avaient également tenté de faire il y a plus de dix ans avec leur "Reinheitsgebot" (ou loi de pureté de la bière)
En résumé, les Tchèques boivent autant de bière parce qu'elle fait intégralement partie de leur culture, de leur histoire et de leur mode de vie. Elle n'est pas chère, surtout en comparaison avec d'autres pays européens, et généralement pas (trop) forte. Elle contribue grandement au tissu social, et garde un ancrage local. De quoi boire près de trois fois plus que les Belges? Apparemment, oui !




