La fameuse Foire de Libramont est rythmée par plusieurs controverses cette année. Celle qui nous intéresse concerne plusieurs brasseries, nommément les brasseries des Tchets, Lupulus et Minne. Des brasseries pourtant réputées, présentes à la Foire depuis des années, et dont la qualité des bières n'est plus à démontrer. Il paraît donc incompréhensible que ces brasseries puissent être exclues de l'espace Ardenne Joyeuse (l'espace convivial de l'événement, mettant en avant le terroir) juste avant le lancement de la Foire. L'explication est aussi simple qu'injuste : ces trois brasseries ne travaillent pas à partir d'orge locale, comme le demande la charte brassicole imposée par la Foire de Libramont. Une nouvelle directive qui n'a pas été communiquée aux brasseries en amont.
Cette discrimination motive un coup de gueule de la part des brasseries concernées, qui ont contacté la presse, mais aussi notre rédaction. Ce rendez-vous manqué est un réel manque à gagner, notamment en termes de visibilité Surtout, ce deux-poids-deux-mesures paraît très arbitraire, sachant que les conditions ne portent que sur l'orge et non sur le houblon ou d'autres céréales, par exemple. De plus, l'orge locale concerne surtout le malt pilsen... certes très utilisé, mais qui n'est pas l'unique ingrédient dans le vaste arsenal de goûts dont disposent les brasseries. La brasserie Minne rappelle ainsi qu'elle utilise des céréales locales (notamment l'épeautre d'Olivier Houard de la ferme du même nom, à Bomal… juge à Libramont en plus!), du houblon wallon, du sucre belge, et que seuls 5% de sa production est exportée. Difficile de faire plus locale... Mais ce bad buzz pourrait renvoyer l'image d'une brasserie moins locale que ce qu'elle est aux yeux du grand public.
Cette situation est encore plus ubuesque lorsque l'on considère le poids de cette filière locale : l'orge brassicole belge, tout comme le houblon, est une production somme toute minime à l'égard de notre filière brassicole. On parle de 1 700 hectares cultivés en 2026, soit une augmentation encourageante (on parlait de 1 091 hectares en 2023, 236 en 2017). Mais pour un pays aussi réputé pour sa culture brassicole, et comptant des centaines de brasseries de tailles diverses, cela reste des quantités infimes. Trop faibles pour que l'orge local soit exclusif, ou même prédominant dans toutes les brasseries belges. Sans oublier que nos voisins français et allemands sont respectivement troisième et quatrième plus gros producteurs au monde... La filière espère atteindre les 3000 hectares, ce qui était déjà l'objectif fixé en 2017 pour l'année 2027. Pas sûr qu'on parviendra à bondir de 1300 hectares en un an à peine. Dans tous les cas, l'exclusion de certaines brasseries de la Foire de Libramont et pas d'autres parait au minimum surprenant.
Toujours à propos de la Foire de Libramont : une bière a été brassée pour commémorer le centième anniversaire de la Foire. Modestement intitulée la "26", il s'agit d'une pils somme toute classique, élaborée par la Brasserie Nationale, soit la brasserie luxembourgeoise qui produit la Battin. Luxembourgeoise, mais usant de céréales belges... c'est déjà ça. Elle serait légèrement fumée et plus douce qu'amère (on ne commentera pas la qualification de bière "féminine" de nos confrères...). Cette bière anniversaire ne quittera logiquement pas le cadre de cette centième édition.



