Brewdog vendu à Tilray

Tilray Brands rachète Brewdog pour 38 millions d'euros

Une poignée de semaines après l'annonce de la mise en vente de Brewdog, le nom de l'acquéreur est désormais connu : il s'agit de Tilray Brands, groupe pharmaceutique américain également leader de la vente de cannabis médicinal et récréatif. Nos fidèles lecteurs (ou du moins celles et ceux qui suivent l'actualité brassicole) ne sont pas sans savoir que l'entreprise rachète également des brasseries à tour de bras. Tilray dégotte ainsi la brasserie de Brewdog située à Ellon en Écosse, ainsi que onze bars situés au Royaume-Uni, en plus de la marque elle-même. Le but avoué est de garder les bars et les bières les plus rentables tels que la Punk, l'Elvis Juice et la Hazy Jane. Les 18 bars franchisés du Royaume-Uni et d'ailleurs devraient continuer de fonctionner. Quant aux autres... Le couperet est tombé, avec le manque de tact désormais classique de Brewdog. Non seulement les négociations et l'annonce du rachat par Tilray sont parues dans la presse avant que les employés ne soient mis au courant, mais c'est par le biais d'une froide vidéoconférence en interne que près de 500 employés ont appris qu'ils étaient licenciés sur le champ. Une vidéoconférence communiquée 25 minutes à peine avant d'être tenue.

AlixPartners, la société de conseil financier qui intervient dans cette vente, a déclaré n'avoir reçu aucune offre pour racheter Brewdog dans sa globalité, expliquant la fermeture immédiate de 38 pubs au Royaume-Uni. L'avenir du bar bruxellois n'est pour l'instant pas connu. Tilray négocie toutefois encore les actifs de Brewdog en Australie et aux États-Unis, notamment concernant les brasseries présentes sur place. Sans surprise, le syndicat tâché de représenter les travailleurs de Brewdog (Unite Hospitality) fustige les licenciements autant que la procédure, et affirme qu'il travaillera sans relâche pour obtenir des réponses urgentes de la part de Brewdog et Tilray. Les exigences du syndicat portent sur les salaires impayés, une plus grande transparence concernant le processus de vente, et sur les meilleures conditions possibles de licenciement pour tous les travailleurs affectés. Le syndicat s'est également exprimé ainsi : "Une entreprise ne perd pas 97 % de sa valeur en l'espace de neuf ans sans une gestion catastrophique. Les dirigeants passés et présents ont mené une expansion imprudente et mis en œuvre des stratégies infructueuses, et ce sont désormais les travailleurs qui paient le prix des erreurs commises par la direction."

Quant aux actionnaires, ces derniers ne recevront pas un centime suite à cette transaction. Bien qu'elle ne détienne "que" 22% des parts dans Brewdog depuis 2017, la société d'investissement américaine TSG Consumer Partners bénéficie d'un tarif préférentiel, ne laissant que des miettes aux fameux actionnaires "Equity For Punks". Ces derniers avaient tout de même rapporté quelque 75 millions de livres à Brewdog au fil des années, répartis entre 200.000 investisseurs. Toujours au sujet des actions, celle de Tilray a elle-même chuté de 3,9% lundi, face à une certaine frilosité des investisseurs concernant ce rachat de Brewdog.

Au final, alors que Brewdog avait impressionné tout le monde en partant de "deux hommes et un chien dans un garage" jusqu'à atteindre une valeur de plus d'un milliard de livres sterling, alors qu'il avait plus ou moins lancé ou du moins popularisé le mouvement craft sur le continent européen, alors qu'il se vantait d'être la grosse brasserie indépendante au monde... le brasseur écossais tire sa révérence de la façon la plus honteuse qui soit. Embourbé dans d'innombrables controverses ayant écorné son image de marque, multipliant les projets ambitieux mais rapidement coulés tels qu'Overworks ou sa gamme de spiritueux, et essuyant des pertes toujours plus importantes d'année en année : Brewdog n'est plus. Pas sûr qu'il manque à beaucoup de monde.

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