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Bière: la boisson des sorcières?

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Imaginez une sorcière, avec son chaudron fumant et son chapeau pointu. Un chat noir rôde sans doute dans les parages, sous la pleine lune. Et si ces clichés, très éloignés du concept moderne féministe de "sorcière" (et du culte néo-païen), tiraient leur origine... chez les brasseuses? Voilà une théorie intéressante soulevée par Pierre Lepais, professeur d'histoire.

De nos jours, l'industrie brassicole entretien une image virile dépassée, orientée vers la gente masculine. Son expression la plus flagrante dans notre pays reste le slogan de Jupiler: "les hommes savent pourquoi"... Là où de nombreux professionnels (et clients) s'orientent encore vers le cliché moderne du public féminin attiré par le sucré (faussement appelé "fruité"). Nous en parlions déjà en 2016 en déconstruisant 5 clichés sur les femmes et la bière. Mais la bière fut avant tout une histoire de femmes!

Revenons justement dans le passé, avant la main-mise de l'Eglise sur le brassage (et la vinification) et la prise totale de la production de l'alcool par les hommes de pouvoir. Nous sommes au Moyen Age et la profession brassicole inclut encore des femmes. A l'époque, cela ne choque sans doute personne puisque les femmes participèrent à l'apparition de la bière, de sa conception à sa consommation rituelle en Mésopotamie il y a des millénaires puis à travers le temps. Chez les Anglo-Saxons, les femmes qui brassent portent d'ailleurs le nom d' "alewifes". Elles sont parmi les premières à consolider le brassage en tant que métier et à dominer le marché de la bière dans les grandes villes européennes.

Une première opposition masculine survient pour se plaindre de ces femmes qui travaillent, boivent et gagnent de l'argent. Souvent, plus que leurs maris! Des corporations, entièrement masculines, apparaissent ensuite pour contrôler le marché des matières premières dont le houblon, qui devient indispensable au brassage. Rappelons qu'à l'époque, une moniale allemande: Hildegarde de Binge, officialise par écrit les propriétés conservatrices du houblon dans la bière. D'autres attaques visant les brasseuses surviennent, les accusant de pervertir par l'alcool les hommes ou carrément de vendre de la mauvaise bière (certaines villes au Moyen Age punissait très sévèrement ce fait).

Revenons aux sorcières. Nous savons via des sources historiques que les "alewifes" portaient de grands chapeaux pointus pour indiquer leur profession. Elles possédaient également souvent des chats, simplement pour écarter les rongeurs des précieux stocks de grains. Les coopératives masculines et l'Eglise vont alors s'associer pour dépeindre les brasseuses comme des suppôts de Satan. Certaines églises anglaises arborent encore des fresques représentant des femmes au chapeau pointu, la pinte à la main, traînée dans les flammes de l'enfer.

Cet acharnement et la reprise du brassage par l'Eglise termineront l'écartement des femmes du milieu de la bière. Elles y reviennent heureusement de plus en plus grâce au mouvement artisanal mondial. Et elles savent pourquoi!

EDIT: un article intéressant et plus conséquent démonte en grande partie les hypothèses avancées par certains Historiens (et médias) concernant le lien entre sorcières et "alewifes".

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