Officiant en France, l'illustratrice Valronce (de son vrai nom Morgane Lefevre) multiplie les talents auprès de la brasserie artisanale Les Alchimistes Ivres. En plus de créer les illustrations reflétant l'univers fantastique choisi pour l'identité brassicole, Valronce supervise également bien d'autres aspects dans son métier de tous les jours. Nous lui avons posé quelques questions :
Pouvez-vous nous présenter votre parcours artistique et professionnel ?
Morgane Lefevre : "Mon parcours est un peu atypique car je suis illustratrice autodidacte. Avant de faire de l’illustration mon métier, j’ai travaillé pendant huit ans comme tisserande d’art, avec mon propre atelier. Le dessin a cependant toujours accompagné mon travail créatif et s’est progressivement imposé comme un moyen d’exprimer les univers que j’avais en tête.
J’ai toujours eu une grande affinité avec les univers fantastiques : Tolkien, Donjons & Dragons, Dark Crystal, The Elder Scrolls… la fantasy en général ! Ce sont des imaginaires qui m’accompagnent depuis longtemps et qui ont naturellement nourri mon travail. La création de la brasserie, en 2023, a finalement été un véritable catalyseur. J’ai pris en charge toute la direction artistique et l’illustration de la marque, et je me suis retrouvée à dessiner quasiment tous les jours. Cette pratique intensive m’a énormément fait progresser et m’a permis de prendre pleinement ma place d’illustratrice.
Aujourd’hui, je travaille à temps plein pour la brasserie, où je suis assez polyvalente : illustration, direction artistique, communication, création de contenu, site internet, merchandising… L’illustration reste néanmoins au cœur de mon activité, et j’accepte ponctuellement des projets extérieurs, notamment des affiches de festivals, des couvertures de livres ou des projets d’édition liés à la fantasy et au JDR. Ces commandes restent pour l’instant assez anecdotiques, simplement parce que mon activité aux Alchimistes Ivres est très prenante. En parallèle, je développe également mon propre univers "Yffrendil" avec la création d’un jeu de rôle."
Quel est le moment charnière où le monde de la bière artisanale s'en est mêlé ?
Morgane Lefevre : "Le moment charnière, c’est évidemment lorsque nous avons décidé de co-créer la brasserie avec mes trois associés. Je ne voulais pas créer une énième brasserie craft avec simplement une belle identité visuelle. Avec un marché de la bière craft devenu de plus en plus concurrentiel, il me semblait essentiel de proposer quelque chose qui ait une véritable personnalité et qui permette de se démarquer.
J’avais déjà développé mon propre univers fantastique (Yffrendil) depuis plusieurs années, et l’idée m’est venue de le transposer dans nos bières. La brasserie est donc devenue un nouveau terrain de jeu pour cet univers : les bières sont devenues des personnages, les styles des écoles de magie et les illustrations des portes d’entrée vers celui-ci. C’est finalement cette envie de raconter des histoires à travers la bière qui a donné toute sa personnalité au projet."
Comment se passe la collaboration entre la brasserie et votre travail d'illustratrice ?
Morgane Lefevre : "En réalité, il n’y a pas vraiment de séparation entre les deux : c’est au sein de la brasserie que mon activité d’illustratrice s’est véritablement développée. Mon travail est très transversal et va bien au-delà de l’illustration pure. Je peux aussi bien passer du dessin d’une étiquette à la création d’un visuel pour les réseaux sociaux, d’une affiche d’événement à un nouveau produit pour le merchandising. Je m’occupe également du site internet, du blog, de la newsletter et d’une partie des relations avec les festivals et les créateur·ices de contenu autour de la fantasy et du JDR.
C’est justement cette diversité qui me plaît. La brasserie me permet de voir mes illustrations sortir du cadre de l’image pour devenir de véritables supports : une étiquette, une affiche, un vêtement, un décor de festival… Mon travail d’illustratrice s’inscrit donc dans un projet beaucoup plus global, où je peux toucher à la fois à la création, à la narration et à la manière dont le public va rencontrer cet univers."
Plus spécifiquement, comment décririez-vous le public du jeu de rôle et l'accueil qui vous est fait dans ce milieu ?
Morgane Lefevre : "Je suis moi-même rôliste et MJ (maîtresse du jeu) sur D&D, donc quelque part, je fais aussi partie de ce public. Je pense que cela joue beaucoup dans notre manière de nous adresser à cette communauté : nous ne sommes pas une marque qui essaie de surfer sur le retour du phénomène JDR, c’est réellement un univers que nous pratiquons et que nous aimons.
L’accueil a d’ailleurs été plus que positif. Nous avons aujourd’hui une véritable communauté autour des Alchimistes Ivres, qui nous soutient énormément et nous pousse à aller toujours plus loin dans nos idées. Le public du JDR est particulièrement réceptif aux univers, aux détails et aux objets qui donnent l’impression de faire partie d’une histoire complète.
Il y a aussi quelque chose d’assez intéressant : le public du JDR n’est pas forcément un public de bière craft. Beaucoup découvrent cet univers brassicole à travers nous. À l’inverse, nous leur proposons une bière qui fait directement écho à leur passion pour le jeu de rôle et la fantasy, tout en restant avant tout une bière craft de qualité. C’est finalement un peu « une bière pour les rôlistes, faite par des rôlistes ».
Et cette idée de participation nous tient particulièrement à cœur. Pour notre prochaine série, par exemple, nous allons nous inspirer directement des personnages de JDR de notre communauté : leurs personnages seront tirés au sort et serviront de point de départ à de nouvelles bières. On passe ainsi d’un univers que nous avons créé pour eux à un univers qu’ils contribuent eux-mêmes à faire évoluer.
Et finalement, c’est peut-être ça qui me plaît autant dans le jeu de rôle : c’est un jeu auquel tout le monde participe. Le MJ, les joueurs, chacun apporte sa pierre à l’histoire et contribue à créer quelque chose qui n’existait pas avant. J’ai envie de retrouver cette même dynamique dans Yffrendil : créer un univers, oui, mais surtout donner envie aux gens d’y entrer et de participer à son histoire."




