Le sujet devient malheureusement un marronnier : les étés de plus en plus longs et surtout de plus en plus chauds et secs affectent lourdement les cultures, notamment celles de houblon. Les conséquences des changements climatiques sont très nombreuses, et largement plus graves que des IPAs plus rares et chères. Néanmoins, afin de préserver au moins en partie le goût de notre boisson préférée, des experts tentent de produire des variétés de houblon plus résistantes aux températures extrêmes de plus en plus courantes au fil des années, par le biais de croisements entre diverses sortes de houblons. Cet or vert nécessite un climat tempéré, aux saisons marquées, avec certes beaucoup de lumière mais aussi de l'humidité en suffisance. Cela explique aussi pourquoi certaines régions (l'Allemagne, le Royaume-Uni, le Nord-Ouest des États-Unis ou encore le continent océanien) sont plus propices que d'autres au bon développement du houblon.
Le soleil cuisant est le principal ennemi des bonnes récoltes, mais les changements climatiques peuvent également influer sur les maladies affectant le houblon (des moisissures principalement), ainsi que sur les espèces invasives capables de ravager les plants. De nouvelles menaces pourraient également naître de climats changeants, avec de nouveaux nuisibles méconnus dans les zones de prédilection du houblon. L'idée serait donc de produire des variétés de houblons capables de survivre aux chaleurs, d'accepter des quantités d'eau plus faibles, de résister aux maladies... mais aussi et surtout de parvenir à ces résultats de façon constante, tout en conservant un intérêt véritable pour les brasseurs en termes d'arômes et de saveurs !
Le temps presse toutefois, puisque les changements climatiques semblent plus féroces année après année, et que le croisement de nouvelles espèces est un processus de longue haleine, demandant plusieurs années de travail afin d'étudier tous les critères possibles. Les plants mettent forcément un peu de temps à se développer, et les chercheurs doivent par la suite repérer et noter les variétés disposant d'une ou plusieurs qualités intéressantes, pour ensuite pouvoir conserver les plants les plus prometteurs, et tenter de produire du superhoublon, combinant un maximum de traits désirables. Puisque l'intérêt est aussi brassicole, il est également important de tester les houblons obtenus au sein de brassins divers. Les recettes sont simples, mais multiples : une pale ale ou une pils demande de moins grandes quantités de houblon qu'une IPA, et une variété de houblon pourrait se montrer plus versatile qu'une autre.
La dernière étape réside dans l'adoption à grande échelle de ces nouvelles variétés par la filière houblonnière et les brasseries elles-mêmes. Nous y sommes pas encore, mais multiplier les tests auprès des professionnels du secteur constitue le prochain objectif des équipes travaillant sur les houblons de demain. Dans le cas contraire, notre verre de bière pourrait devenir de plus en plus cher... Ou pas? Le petit lot de consolation réside peut-être dans la chute constante d'intérêt du grand public pour la bière de manière générale... à l'exception près des options faiblement alcoolisées. Début 2025, la filière allemande devait même brader le prix de ses récoltes en raison d'un surplus de houblon invendu.




