Nous en parlions : une des premières décisions du nouveau gouvernement Arizona était de changer la mention obligatoire pour les pubs pour des boissons alcoolisées "l'abus d'alcool nuit à la santé" en "l'alcool nuit à la santé". Un changement déjà contesté par le nutritionniste et épidémiologiste Patrick Mullie dont voici le communiqué officiel ainsi que le lancement d'une pétition en ligne :
"À la suite de la décision du gouvernement fédéral de modifier l’avertissement sanitaire actuel sur la publicité pour les boissons alcoolisées, passant de « L’abus d’alcool nuit à la santé » à « L’alcool nuit à la santé », le nutritionniste et épidémiologiste Patrick Mullie plaide pour des mesures de prévention plus crédibles et un usage rigoureux de la recherche scientifique. Afin de renforcer son point de vue, il lance une pétition. « Lorsque des mesures ne reposent pas sur une recherche scientifique solide, comme c’est le cas pour ce nouvel avertissement sur l’alcool, elles risquent de compromettre la crédibilité et l’efficacité des messages de santé publique », affirme Mullie.
Pour Patrick Mullie, il ne s'agit pas tant du débat sur l'alcool en lui-même, mais plutôt d'un exemple frappant de la manière dont les études et recherches scientifiques sont souvent détournées aujourd’hui. Selon le professeur émérite de l'Université libre de Bruxelles (ULB), il existe un réel danger que la crédibilité des conseils en matière de santé et, plus largement, de la politique de santé publique soit compromise : « Lorsque les citoyens sont confrontés à des affirmations simplistes et inexactes, il n’est pas illogique qu’ils remettent en question la politique de santé. De plus, si les avertissements sont formulés de manière trop stricte, ils sont perçus comme paternalistes et donc plus facilement ignorés. Cela peut avoir un effet négatif sur d’autres recommandations, pourtant bien fondées, en matière de nutrition, d’activité physique et de santé en général. »
Selon Mullie, la future modification de l’avertissement sanitaire pour les boissons alcoolisées pose donc problème : « Une stratégie efficace et scientifiquement fondée pour lutter contre les problèmes liés à l’alcool doit reposer sur des mesures ciblées et étayées par la recherche scientifique, et non sur des messages simplistes qui ne font aucune distinction entre les différents modes de consommation et les groupes à risque. Il faut ainsi reconnaître qu’environ 10 % de la population belge présente une consommation d’alcool à risque, un problème grave nécessitant une prise en charge ciblée. Cela signifie cependant aussi que 90 % de la population consomme de l’alcool de manière responsable, sans signes d’usage à risque ou problématique. En remplaçant le message actuel par une déclaration binaire comme ‘L’alcool nuit à la santé’, on élimine toute distinction entre consommation modérée et excessive. »
Afin de renforcer son point de vue, Mullie lance une pétition en ligne dans le but de recueillir un maximum de signatures et d’envoyer ainsi un signal clair aux décideurs politiques.
Le spécialiste en nutrition précise : « Je ne plaide pas pour une consommation excessive ou irréfléchie d’alcool. Au contraire, pour certaines personnes, il est effectivement préférable de s’abstenir totalement. Mais l’affirmation selon laquelle chaque portion d’alcool est nocive n’est pas étayée par des études scientifiques. »
Selon Mullie, la recommandation du « niveau de risque zéro » de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est donc plus nuancée qu’on ne le laisse souvent entendre. « Ceux qui examinent ce conseil en détail constateront que le fait qu’un risque nul ne puisse être démontré ne signifie pas que chaque goutte d’alcool est nocive. » Une récente étude de synthèse du Canadian Institute for Substance Use Research montre même qu’une personne consommant quotidiennement deux portions d’alcool présente le même risque de mortalité qu’un abstinent à vie.
« Cela ne signifie évidemment pas que nous devons ignorer les recommandations pour une consommation modérée – un maximum de 10 verres d’alcool par semaine avec plusieurs jours sans alcool – mais des études comme celle de l’institut canadien permettent de replacer le débat dans son contexte », conclut Patrick Mullie. « J’appelle donc à mettre un terme aux mesures politiques dogmatiques et simplistes et à soutenir cet appel en faveur d’une plus grande crédibilité des mesures de prévention et d’un usage responsable des données scientifiques dans ce débat. »"
Lien vers la pétition en ligne :